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DANS LA CHAPELLE DES SONGES


C’était un vendredi, au commencement de l’hiver. Les nuages gris roulaient dans le ciel, lourds et rapides, sous les poussées du vent qui sifflait dans les arbres. 

Valère Paulin, vingt-cinq ans, errait sur les routes de Bretagne depuis plusieurs mois. Il mangeait un peu, grâce à la charité des passants qu’il implorait sur le trottoir en tendant un gobelet de plastique vide. 

Ce matin-là, harassé, les jambes brisées, le ventre vide, il marchait, marchait et marchait encore. Il s'était arrêté à Berric et aperçut, au loin, baignant dans une buée fine, un voile blanc, épais et transparent, qui flottait au ras du sol et en dissimulait les contours noirs et rugueux, l’imposante chapelle Notre-Dame-des-Vertus dont un oncle à lui, qui avait habité Berric autrefois, lui avait fait découvrir quand il était enfant. Il n'existait assurément rien à ses yeux de plus beau que cet édifice qui, à mesure que le voile de brouillard se déchirait lentement, ressemblaient, à cette heure du jour où le soleil jetait ses derniers feux, à quelques formes fantomatiques, pétrifiées à jamais dans la pierre par quelque pouvoir surnaturel. 

Il entra dans l’édifice dont la porte était ouverte. Epuisé, il s’assit sur un banc et regarda autour de lui. Puis il ferma les yeux, de lassitude. Quand il se réveilla, une femme se tenait devant lui. Elle portait une robe blanche qui l’enveloppait entièrement. Elle avait cette sorte de grâce presque parfaite et intimidante qui ne saurait échapper à l'œil du peintre le plus doué, et qui tient à la justesse et à la beauté des proportions. Bien plus qu'à une simple femme, belle et désirable, qui s'attire, au rythme de sa marche, l'attention et les éloges les plus flatteurs, elle ressemblait à une orgueilleuse et inébranlable statue de marbre descendue de son socle comme par un effet de magie. 

Valère demeura interdit. Jamais il n’avait vu une femme d’un air plus royal, dans ces vêtements noirs qui drapaient sa haute et sévère figure de princesse en exil.   

Cependant, il y avait quelque chose d'inanimé, de sépulcral, de mortuaire même dans ce visage austère et beau que l’on eût dit taillé dans le plus beau marbre de Carrare. 

Oui, cette femme l’effrayait ; mais elle l’attirait aussi, le fascinait par l'étrangeté de son allure et le charme ensorcelant de sa beauté tout à fait remarquable.   

« Je vous attendais », dit-elle.

Valère écarquilla les yeux de surprise :

« Vous m’attendiez ? »

Elle s’approcha de lui et lui posa la main sur l’épaule :

« Suivez-moi, je vous prie »

Elle le fit  entrer dans la sacristie.

Sur uen petite table couverte d’une nappe blanche étaient disposées une assiette de pâtisseries et de sucreries.

Elle lui proposa de prendre une tasse de thé avec elle ; il accepta volontiers. 

Minuit  sonna  à la vieille horloge toute longue et presque invisible qui se trouvait dans un coin de la pièce. Valère  tressaillit à ce tintement léger.

La jeune femme croqua dans un biscuit avec appétit. Puis elle dit : 

 « Vous êtes épuisé. Il est temps pour vous de prendre du repos.»

Valère laissa tomber sa tasse de thé sur le tapis. Elle se brisa en mille éclats.

« De prendre du repos ? » dit-il.

— Oui, répondit laconiquement la jeune femme. 

Soudain il tressaillit. Il sentit un air vif qui glaçait ses épaules. Sa pauvre tête tournait. Puis il s’effondra sous le regard glacé de la jeune femme.

Le lendemain, le curé trouva Valère qui dormait sur un banc de la chapelle. Ils  s’approcha du jeune homme et s’aperçut bien vite qu’il était mort. 

Le curé se signa, puis releva la tête et porta son regard sur une statue en pierre qui représentait une jeune femme très belle vêtue d’une longue robe blanche. 


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