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Escapade espagnole

Laurent Hyafil

 

 


Pendant plusieurs semaines, à Pau, il essaye de rencontrer des responsables de l’action clandestine pour préparer au mieux son escapade. A la suite de démarches interminables, il obtient des rendez-vous dans des endroits particulièrement protégés, où on le conduit les yeux bandés.

La neige, le froid piquant, la pluie diluvienne, autant de difficultés qu’il devra surmonter. Il sait qu’il faut longer des à-pics impressionnants, sans parler des névés, des éboulis, des pentes schisteuses propices aux glissades.  Il est prêt à tout, mu par une conviction inébranlable.

Après avoir identifié une organisation qui lui parait sérieuse, et vendu la bague de fiançailles de sa mère pour payer une somme colossale, tout commence sur l’avenue des Pyrénées. C’est là qu’il reçoit une enveloppe à remettre à un mystérieux M. Roger qu’il doit rencontrer à Oloron Sainte-Marie, dans un café bleu au sortir de la gare. Il doit lire le journal « Signal ». Il est convenu que, si la police l’interroge, il doit déclarer qu’il va visiter le centre de secours aux chômeurs d’Oloron Sainte-Marie. M. Roger arrive et le conduit à l’hôtel Loustalot, où il lui donne rendez-vous à 17 heures. A 22 heures, il apprend, par le patron de l’hôtel, que M. Roger pourrait ne pas apparaître pendant quelques jours. Il passe plusieurs jours à l’hôtel Loustalot, installé dans une petite chambre glaciale, au-dessus du porche.

Enfin, c’est le départ en camion pour Tardets, où il débarque à la nuit noire, à la lisière du village. Il est introduit, toutes lumières éteintes, dans le sous-sol d’une villa et revêt sa tenue d’évasion. Il gèle à pierre fendre, le ciel est sans lune, couvert d’étoiles. Voilà l’itinéraire : « De Tardets, on prendra un chemin de crête ascendante par Arhanrus, le Pic des escaliers, l’Iraty, le Pic Bitzkarzé ».  Toute une nuit de marche jusqu’à la frontière.

Il fait un froid redoutable, au milieu du mois de janvier, et le passeur a abandonné ceux qui ne pouvaient pas suivre. Ils ont atteint la frontière en douze heures sans étape. Epuisés mais heureux. Le soleil levant éclaire la neige d’un rose pâle. « Là, on viendra vous chercher, leur dit le passeur, pour vous déposer à l’hôtel Pampelune, où le consul des Etats-Unis viendra vous prendre en charge ». Ils ont tous brûlé leurs papiers d’identité pour faire croire qu’ils étaient américains.

A Casa Del Rey, la Guardia civile les attend et les conduit, en une journée de marche , à Abaurea Alta. Lui est logé chez un paysan. Après une nuit passée dans la grange, un autocar les transporte, toujours sous l’œil vigilant de la Guardia civile, vers Pampelune, ses hôtels, ses consuls et la liberté ! Le garde civil, lui explique que, comme les hôtels sont pleins, il sera logé dans un bâtiment administratif : c’est la prison de Pampelune ! Le lendemain, on lui rase entièrement la tête et il est interrogé sur son identité américaine. Puis, il rejoint ses camarades de l’équipée nocturne, logés à dix, dans une cellule de 5m sur 2m, la fenêtre haute, garnie de gros barreaux, une porte épaisse avec guichet pour passer les repas. La nuit, ils sont allongés sur le ciment, partageant les couvertures pour avoir plus chaud. Leur ration quotidienne est comptée : un petit pain de 100g, deux pommes de terre charançonnées, un liquide noirâtre au réveil. Ils tournent en rond dans la cour de 9h à 13h. Il fait froid, ils ont faim, ils peuvent cependant parler aux autres prisonniers.

Le dimanche, ils se rendent à la messe à 7 heures du matin, par colonnes et au pas. Ils doivent obligatoirement chanter l’hymne franquiste « Lucharemos todos junos », accompagnés par la musique militaire d’une fanfare qui fait un vacarme épouvantable. Au commandement, ils s’agenouillent et se lèvent, et font le salut franquiste.

Voilà le pitch du premier épisode de notre série télévisuelle. Il va y avoir de très belles images à tourner, mais il faudra correctement planifier les repérages. Le choix de l’acteur est presque terminé, il va sûrement surprendre.


Je profite du fait que nous soyons devant la prison de Pamplune, pour anticiper sur le deuxième épisode de notre série. Tout d’abord, il faut comprendre que, dans le premier épisode, le héros est un homme plus qu’ordinaire. Il se révèle vraiment dans le deuxième épisode : son évasion de la prison, le vol du bombardier avec lequel il lâchera des bombes sur le Palais du Pardo, et son atterrissage forcé sur la plus grande avenue de Madrid.
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