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LA  CAGE

 

            Ce n’était pas une cage à oiseau ordinaire : D’abord parce que ses gros barreaux étaient… horizontaux ! Des barreaux épais, pour empêcher une évasion ; ou une malveillante intrusion… Et puis, cette étrange geôle aviaire n’avait ni trappe, ni porte ! Une autre singularité était « l’oiseau rare » : Bestiole bizarre, ventrue, mafflue, musculeuse et nerveuse. Un de ces volatiles trop lourds pour voler ; semblant essoufflé, gonflant et dégonflant sans cesse son jabot rutilant. Une respiration, une palpitation quasiment mécaniques.

            L’Homme l’aimait tendrement. Une union indéfectible ; une relation fusionnelle. Il avait, pour lui, des mots très doux, comme : « mon petit cœur »…

            En fait, ils étaient indissociables, n’allant jamais l’un sans l’autre ; dormant ensemble ; tous trois ne faisaient qu’un : « L’attendri », la cage aux barreaux horizontaux et la petite bestiole à la parure écarlate.

            L’Homme était, constamment, soucieux de la santé de son cher prisonnier : Une écoute permanente, attentive, aux aguets de la moindre fatigue apparente, de la plus faible fébrilité. Il n’hésitait pas à consulter un spécialiste dès qu’il détectait, alarmé, la plus petite anomalie.

            Le praticien lui expliquait, inlassablement, que les maux de l’oiseau étaient induits par le seul comportement de son maître : Le volatile ne faisait que subir les conséquences des affres, de l’angoisse qu’il percevait.

-        Le problème, Monsieur, ne se situe pas dans votre cage mais dans votre crâne. Moins vous penserez à lui, mieux il se portera !

L’Homme ne comprenait pas ce langage : Il lui était évident qu’il était responsable de cette petite chose fragile. Il l’avait apprivoisée, il vivait pour elle et il était sûr qu’elle vivait pour lui. Il lui impartissait, à lui et à lui seul, de veiller sur elle. Le spécialiste n’était là que pour remédier à une anomalie occasionnelle. A chacun sa fonction ! Lui était le protecteur, le tuteur. Il était le bouclier ! Et cette mission, cet apostolat, ne pouvaient s’accomplir que par une attention constante ; une surveillance permanente.

Un adolescent, qui se sent opprimé par l’autorité parentale, se rebelle et commettra, tôt ou tard, un acte libératoire. Le prisonnier, lui, était derrière de gros barreaux : Il ne pouvait pas fuguer. Il dut intérioriser son indocilité ; assumer sa frustration ; refouler sa crise. Il connut des phases d’intense agitation qui le laissaient pantelant, essoufflé. L’Homme ressentit les effets de ce désordre et se fit, aussitôt, du mauvais sang.

Il retourna, pâle et accablé, consulter, à nouveau, le spécialiste, avec sa cage et le petit malade souffreteux.

Le diagnostic fut formel et sans appel : Il fallait opérer au plus vite ! Il faudrait scier deux barreaux pour extraire le petit patient, puis, après l’acte chirurgical, le repositionner dans sa cage, elle-même remise en état.

Bouleversé, l’Homme demanda à être présent, mais endormi, durant cette opération : Il souffrirait trop d’assister, éveillé et conscient, à ce qu’il appelait, dramatiquement, une « désincarcération ». Le praticien accepta, d’emblée, ce protocole opératoire, le jugeant même… « indispensable ! »

Hélas, rien ne se déroula comme prévu. Aussitôt l’Homme anesthésié, on fractura la cage. Son petit hôte était, déjà, moribond. Il saignait. Il était, quasiment, inerte. On essaya, en vain, de le ranimer. On le massa. On le soumit au défibrillateur. On s’acharna à le faire revivre. En pure perte…

Le chirurgien comprit que tout effort était, désormais, vain.

Il ôta, d’un geste las, son masque aseptique et dit à son assistant :

-        Remets le cœur dans la cage thoracique du défunt. Tout est fini pour eux trois.

 

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