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LA COCCINELLE

 

 

Embouteillage… Heure de pointe… Je suis en plein dedans ! C’est normal. Ça n’empêche, je suis énervée… J’aurais pu l’éviter. Les autres aussi… On aurait pu prendre une autre route, qui doit être bloquée elle-aussi… Ça n’aurait rien changé ? Ou peut-être que si, une autre route, une autre histoire, une autre voiture qui me rentre dedans… Ou peut-être aucune… Sur cette route-là, c’est une coccinelle rouge, l’ancien modèle, ma voiture préférée… Elle est devant moi, je rêve d’elle, elle ne fait pas gaffe, elle recule, et pan ! C’est l’accident ! Le réveil est brutal ou peut-être que c’est un cauchemar… Un bref instant j’espère que ce n’est rien, mais l’intensité du choc ne me laisse pas beaucoup d’espoir… Je m’inquiète… Pas pour moi, mais pour la voiture de mes rêves. Je me frotte un peu le dos qui s’est pris un choc lui-aussi et je me décide à sortir. Le conducteur de la coccinelle sort en même temps. C’est un gars assez baraqué et mal rasé et il n’a pas l’air d’avoir mal au dos. Je ne l’ai pas remarqué avant, je n’avais d’yeux que pour la voiture, je ne dis pas ‘sa’ voiture parce que je ne suis pas sûre que ce soit vraiment la sienne... J’ai un gros doute. Je trouve qu’il ne va pas avec. Je ne sais pas comment il fait pour s’asseoir dedans, il doit avoir les genoux sur le volant et la tête au plafond, et maintenant qu’il est dehors je me demande s’il va pouvoir re-rentrer… Il va peut-être falloir pousser. Sans moi ! Il n’a pas l’air commode. Il fait l’inspection de la coccinelle, je le regarde faire, je m’inquiète pour elle ! Tout va bien… Ouf ! On respire… Il s’apprête à repartir, mon cœur se serre, ma coccinelle ! Il me regarde, regarde ma voiture, et me sourit. Je me dis que c’est gentil. Il va se rasseoir dans la précieuse. Il se plie en deux ou trois ou quatre mais il rentre ! Finalement, c’était plus simple que je croyais... Il attend pour pouvoir redémarrer. Il ne peut pas encore. Il n’y a plus rien à voir alors je veux retourner dans ma voiture et c’est là que je note : j’ai un phare complétement détruit ; un sourire n’est jamais gratuit... Le choc est plus grand que l’accident, je manque de tomber. Mais, je résiste. Je prends ce qui me reste de courage même si ce n’est pas grand-chose et je vais vers le conducteur de la coccinelle. Je lui parle de constat mais voilà, il ne veut pas… Et, pourquoi est-ce qu’il voudrait ? Ce n’est pas sa voiture qui est abîmée... Peut-être que moi non plus à sa place je ne voudrais pas, mais je le ferais quand même, ça s’appelle l’éducation, ou le droit ou le devoir selon le sens où l’on se trouve, ou peut-être la connerie après tout… J’insiste mais il ne veut rien entendre. Je veux un numéro de téléphone, quelque chose pour qu’on reste en contact, que je ne perde pas ma coccinelle rouge à jamais, pourquoi pas se faire une bouffe pendant que j’y suis ?  Et puis, il n’y a plus le temps... La voiture devant lui redémarre. La circulation a repris. Il est parti, je n’ai même pas pensé à relever le numéro de sa plaque d’immatriculation… Les gens derrière moi se mettent à klaxonner. Je les dérange. Je retourne à ma voiture, je m’assois. Je pousse un soupir quand je tourne la clé du contact, elle roule ! De quoi je me plains ? Je suis en retard... J’arrive à ma destination sans problème si on peut dire ça comme ça. Là, je retrouve mon mari qui m’attend, il n’a pas l’air commode… Je lui raconte ma rencontre avec la coccinelle, il comprend : accident, pas de constat, pas de numéro d’immatriculation, rien ! Il sourit, cette fois-ci je me méfie... Je lui dis que ce n’est qu’un phare, ce n’est pas grave. Mais il n’est pas d’accord, les pièces détachées pour les vielles mini sont difficiles à trouver. Je vais à l’avant de la voiture pour lui prouver que ce n’est vraiment pas grand-chose et je ne vois rien de cassé… Je touche le plastique intact pour y croire vraiment, je me dis que j’ai peut-être paniqué, mais j’ai toujours confondu ma gauche de ma droite et mon mal rasé m’attend de l’autre côté… Il va devoir s’en occuper comme d’habitude. Il me prend les clés. Hé, c’est ‘ma’ voiture ! Il doit se plier en deux ou trois ou quatre mais il arrive à rentrer dedans… Je lui ai toujours dit qu’il était trop baraqué pour elle, que ses genoux touchent le volant et qu’il confond les pédales, qu’il risque un accident s’il la conduit… Je le lui rappelle mais pour lui aujourd’hui il n’y pas le choix… On a toujours le choix… Il me demande de venir avec lui. Je refuse. Je connais déjà cette route-là et j’en ai plein le dos…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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