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La tentation du moine.


 


Le monastère de la Sainte-Croix se divisait en deux parties distinctes. L'aile droite de la bâtisse était réservée aux moines, et l'autre partie du bâtiment abritait les nonnes et les religieuses.
Le monastère était assez vaste pour accueillir les deux communautés. Au centre de l'édifice, dans la cour carrée du cloître, une fontaine ornée de deux cygnes en pierre symbolisait l'alliance et la lumière. Ce lieu de pénitence, construit au 13ème siècle, inspirait le recueillement et la sérénité. Un vaste jardin abritait potager et verger. Les tâches et les prières quotidiennes s'ordonnaient avec le travail de la terre. Travailler le sol était considéré comme un acte de foi.

Frère Nicolas émergeait d'une longue retraite. Il avait prié et médité pendant six mois. Les premières senteurs du printemps le poussèrent à quitter sa cellule. Son corps réclamait la lumière et la chaleur du soleil.

Le moine se désaltérait à la fontaine des deux cygnes avant de se diriger vers le jardin aux fleurs, quand il croisa sur son trajet une jeune novice qu'il ne connaissait pas. Il crut voir un ange, tant sa beauté et sa grâce resplendissait. Son sang ne fit qu'un tour. Sœur Astrid était entrée dans les ordres depuis peu et Frère Nicolas la découvrait pour la première fois. Il tomba immédiatement sous son charme. Bouleversé, il détourna son regard. Son cœur battait si vite, qu'il peinait à respirer. Affolé, il partit s'isoler dans sa cellule pour reprendre ses esprits. Mais le visage de cet ange le pourchassait sans relâche. Il supplia le Seigneur de lui porter secours et de le libérer des tentations, mais la belle religieuse continuait à l'obséder. Il fit pénitence, médita, se flagella, mais en vain. Le besoin de revoir cette créature était plus fort.

Dès le lendemain, il se rendit à l’office du matin. Les chœurs réunissaient les moines et les sœurs dans une même foi. Elle se tenait là parmi les nonnes, et lui n’entendait que sa voix. Ébranlé, il lui semblait perdre la raison. Désormais, sa seule motivation était de la revoir et de sentir son parfum, il ne vivait plus que pour cela.

Il savait que dans les jardins du cloître, il pourrait de nouveau la croiser. Au troisième jour, il l'aperçut près de la fontaine, nimbée de soleil et entourée de fleurs. Elle accompagnait la mère Supérieure. D'un âge avancé, Mère Héloïse avait des difficultés à se déplacer.
 Sœur Astrid l'aidait avec tant de compassion et de délicatesse que notre moine crut voir en elle une sainte.

Frère Nicolas avait su résister à de nombreuses tentations, mais celle-ci dépassait sa volonté. Chaque jour était devenu un enfer. La moindre de ses pensées se portait sur la jeune et belle Astrid. Parler aux nonnes était strictement interdit, et pourtant il aurait aimé lui avouer son amour. Dévasté par une folle passion, il fit appel un soir au Malin et implora les forces obscures de lui venir en aide. Dans un état de supplication et de détresse extrême, le moine vit apparaître un lézard à deux têtes, souriant et rassurant.

- « Je peux te libérer de tes tourments et du désir charnel qui te possède, lui dit-il d'une voix intérieure. Demain est jour de lessive. Le linge sera étendu aux quatre vents. Empare-toi de sa chemise. Revêts-en ton corps nu aux douze coups de minuit. Tu glisseras ainsi dans sa couche pour une nuit de plaisir. En échange, je ne prendrais que l'écorce de ton âme. »

Aveuglé par la tentation, le moine acquiesça.

Le lendemain, il se faufila discrètement dans l’enceinte des religieuses. Il vit sœur Astrid dans la cour extérieure étendre le linge et accrocher sur un fil la chemise de nuit. Frère Nicolas sentait le feu du diable couler dans ses veines. Cette chemise lui tendait les bras, la silhouette immaculée et merveilleuse de son amour était à portée de main. Dès qu’il le put, il s’en empara, puis s'enferma dans sa cellule. Il serrait entre ses doigts le tissu qui couvrait le corps de son idole et il s’enivra de son odeur.

Le silence régnait dans le monastère endormi. Le moine se déshabilla fébrilement. Il se tenait nu, debout dans sa cellule, prêt à endosser la chemise encore humide de son aimée.

 La cloche du monastère sonna douze coups. Frère Nicolas se laissa glisser dans l'écrin de cet amour fou. Il allait pouvoir enlacer son corps, la chérir et s'abandonner enfin dans ce plaisir interdit.

Au même instant, avant de s’endormir, Sœur Astrid relisait à la lueur d'une chandelle le gentil mot de la Mère supérieure qui la remerciait d’avoir étendu pour elle son linge dans la cour extérieure.

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