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Sirène 666

 

Je m’apprêtais à frapper pour la troisième fois, lorsque j’entendis la serrure se débloquer…

Elle m’avait donné rendez-vous une heure plus tôt, à l’issue d’un tchat  aussi imprévu que troublant. J’étais sur le point de mettre mon ordinateur en veille et de sombrer enfin dans un sommeil sans rêve, quand une petite enveloppe de couleur avait clignoté sur mon écran : « Sirène 666 ». Une femme dans la trentaine. Attiré par son pseudo, j’avais accepté la conversation,  mais dès la première phrase,  l’inquiétude m’avait saisi.

- Comment fait-on pour se suicider ?

J’avais essayé de plaisanter, de dévier sur un autre sujet, mais inlassablement la question très pratique du « comment faire pour en finir » était revenue dans chacune de ses réponses. Sans être vraiment sûr qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie, je m’étais bientôt senti responsable de cette femme qui appelait à l’aide du fond d’une détresse peut-être bien réelle. J’avais besoin de la rencontrer pour tenter de la dissuader de passer à l’acte. Alors, pour obtenir son adresse, j’étais allé jusqu’à lui faire croire que j’acceptais de l’aider  à mettre fin à ses jours. J’avais aussitôt quitté mon appartement après lui avoir écrit que j’arrivais au plus vite.

La porte ne s’ouvrait toujours pas. Je collai mon oreille contre la peinture écaillée et tentai d’entendre si la personne qui avait ouvert le verrou était toujours là… Rien. Pas un souffle. Une partie de moi voulait fuir cette cage d’escalier et oublier tout ce qui s’était passé jusque-là, mais l’envie de découvrir celle qui m’avait appelé au secours au milieu de la nuit était la plus forte. Je décidai de pénétrer dans l’appartement…

Tous les sens en éveil, je franchis le seuil et je découvris un intérieur entièrement  plongé dans une pénombre inquiétante.

- Merci d’être venu !

Cela provenait d’une pièce, dont la porte était ouverte, au bout du long couloir. Je m’y dirigeai, avec un mauvais pressentiment. C’était une voix féminine, comme je l’avais espéré, mais malheureusement dénuée de toute sensualité. Une voix flétrie, fanée. Je ralentis au moment où j’arrivai devant l’ouverture de ce qui me sembla être une chambre, éclairée seulement par la lueur du lampadaire de la rue.

- N’allumez pas, s’il vous plaît !

Elle était assise sur son lit, en chemise de nuit, son ordinateur portable ouvert à côté d’elle. Elle avait dû être très belle. Elle l’était encore, mais paraissait affaiblie, abîmée par un mal qui semblait la ronger de l’intérieur. Mon regard fut aussitôt happé par le pistolet qu’elle tenait dans sa main. Ce n’était pas un gros calibre, mais à cette distance, elle ne pouvait pas me rater. Tout en braquant l’arme sur moi, elle me demanda de fermer la porte.

- Je suis désolée que ça tombe sur vous, mais il en fallait bien un... D’ailleurs, vous m’avez promis de m’aider, ajouta-t-elle avec un sourire triste. Je sais parfaitement que vous l’avez fait uniquement pour que je vous donne mon adresse. Vous pensiez me décourager de passer à l’acte, je suppose. Ou peut-être espériez-vous me séduire, par la même occasion ?

Je dois avouer que cette pensée m’avait traversé lorsque j’étais sorti précipitamment pour la rejoindre. Mon fichu côté romanesque…

- Peu importe. Je n’ai pas le courage de poser le canon sur ma tempe et d’appuyer. J’aimerais l’avoir, mais j’ai déjà essayé ; j’en suis incapable. J’ai besoin que vous le fassiez à ma place.

Je sentais le piège se refermer sur moi. Mais, si je refusais, que se passerait-il ?

Elle devait  lire dans mes pensées, car elle poursuivit :

- Votre unique chance de sortir vivant de cette pièce est d’accepter de « contribuer» à mon suicide. Je vais compter jusqu’à cinq, puis je vous abattrai. Sauf, bien sûr, si vous le faites avant. Je n’ai plus rien à perdre. Le tiroir supérieur du meuble à votre gauche renferme un pistolet chargé. Faites-en bon usage !

- Un, deux…

- Non, jamais je ne… !

- Trois, quatre…

J’ouvris le tiroir, pris le revolver et vidai le chargeur dans sa direction, sans prendre le temps de viser. Je vis trois fleurs de sang éclore sur sa chemise de nuit, les autres balles faisant voler des éclats de plâtre et de bois. Elle glissa lentement sur le côté, avec le même sourire triste que celui qu’elle avait sur les lèvres, à mon arrivée  dans  sa chambre. Sa main s’ouvrit et un jouet en forme de pistolet tomba sur le plancher.

Dans un état second, j’entendis les deux notes caractéristiques d’un véhicule de Police qui approchait. Incapable de bouger, sonné à la fois par ce que je venais de faire et par ce qu’elle m’avait fait, je m’assis à côté d’elle et j’attendis.

 

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