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TESSA

 

 Leur rencontre avait eu lieu dans un bar miteux d’Harrisburg, Pennsylvanie, où Matt s’était arrêté pour souffler, épuisé par les longues heures passées au volant de son 38 tonnes. Vers 22h, Tessa était entrée accompagnée de trois ou quatre amies et il l’avait aussitôt remarquée. Grande, brune, vêtue d’une mini-jupe en daim et d’un polo blanc. Ses copines semblaient euphoriques mais elle se tenait en retrait, comme détachée de toute cette agitation. Accoudé au bar, Matt ne pouvait détacher son regard de cette petite troupe survoltée. Au bout d’une heure environ, quelques couples se formèrent et Tessa resta seule à sa table, repoussant les prétendants qui se présentaient. Elle paraissait ailleurs, fixant sa bière, ne prêtant que peu d’attention à ce qui l’entourait. Elle finit par approcher du comptoir et lorsque Matt lui adressa la parole, elle le regarda avec étonnement, comme s’il l’avait interrompue dans sa rêverie.

-           Je peux vous offrir une autre bière ? demanda Matt, se maudissant de n’avoir trouvé une entrée en matière plus originale.

Tessa le toisa, l’air moqueur, semblant hésiter avant de répondre. Plus tard elle confesserait avoir ressenti une sorte d’ébranlement lorsque leurs yeux s’étaient trouvés.

-          Je ne t’ai jamais vu ici. Tu es du coin ?

-          Non je suis de passage. Je viens de faire une longue route avec mon camion. Je dois livrer un client demain matin très tôt. Mon chauffeur est malade alors j’ai pris la route moi-même et…

Matt allait lui avouer qu’il était crevé et qu’il se sentait vieux et seul. Il voulait aussi lui confier que son dos le faisait souffrir mais il se trouva ridicule et s’interrompit. Elle l’observait avec curiosité et cela le troublait. Elle avait les yeux brillants, presque fiévreux et ne cessait de jouer avec son briquet. Elle souriait mais son sourire était d’une infinie tristesse. Et puis elle se mit à parler, vite, expliquant combien elle étouffait dans cette ville et combien les hommes d’ici étaient des ploucs et des ivrogne invétérés. Elle semblait au bord des larmes. Matt comprit qu’il fallait la laisser vider son sac et ne pas intervenir sous peine de la heurter et de la faire fuir. Tout l’attirait chez cette fille et il voulait lui plaire. Au bout d’une ½ heure, Tessa interrompit son monologue et le regarda avec incrédulité, se demandant pourquoi elle s’était ainsi livrée à un inconnu. En vérité, son attitude était loin de l’arrogance à laquelle elle était habituée et elle se sentait en confiance avec cet homme qui la couvait du regard. Elle l’interrogea sur son travail et se surprit à trouver de l’intérêt à ses réponses. Il lui répondait avec simplicité, sans fanfaronnade. Elle aimait son regard sombre et l’air concentré, presque inquiet, qu’il affichait. Une dispute éclata au fond du bar et Tessa se dit que c’était le prétexte idéal pour s’en aller.

-          Tu me montres ton camion ?

Interloqué, Matt articula un « si tu veux » à peine audible, paya les consommations et sortit en compagnie de la jeune femme. Il se sentait à la fois heureux et déstabilisé et il avait envie de se pincer pour vérifier qu’il ne rêvait pas. Son mal de dos s’était envolé, ainsi que sa fatigue. Sans un mot, tous deux se dirigèrent vers son camion, garé en retrait à l’autre bout du parking. Il faisait sombre et Matt se servit de son briquet pour les éclairer. Il ouvrit la portière, aida Tessa à grimper à bord, laissant traîner ses yeux sur ses longues jambes, et la rejoignit à l’intérieur. La jeune femme semblait moins à son aise et gardait le silence. Matt alluma la lumière mais elle lui demanda de l’éteindre. Puis, sans préambule, elle enjamba la boite de vitesse, vint s’asseoir sur ses cuisses et posa ses lèvres sur les siennes. Sa bouche était chaude et sa langue pressante. Le souffle court et les mains tremblantes, Matt déboutonna son chemisier et embrassa son cou et ses épaules. Elle se pencha pour ouvrir le jean du jeune homme qui eut alors une pensée reconnaissante pour son chauffeur gardant tout un stock de préservatifs dans son camion. Les jeunes gens se déshabillèrent et s’embrassèrent avec fougue, comme s’ils cherchaient dans cette étreinte le moyen d’évacuer tout leur désespoir et leur lassitude. La jouissance arriva très vite et, juste après avoir accueilli le plaisir, Tessa s’abandonna contre le torse de Matt et se mit à pleurer. Ne sachant comment réagir, le jeune homme chantonna alors doucement en caressant ses cheveux. Tessa releva la tête et le regarda avec surprise. Ce fut à ce moment précis qu’il eut la certitude qu’elle partirait avec lui, qu’elle quitterait cette ville de malheur et qu’elle laisserait la vie s’insinuer en elle à nouveau. En tout cas il allait tout faire pour ça.

 

 

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