CONCOURS DE NOUVELLES 
Concours de nouvelles
Page d'accueilPlan du siteAjouter aux FavorisImprimerEnvoyer à un ami
 

Une vie pour une vie

- Vous navez rien à ajouter ?

Les deux flics lui faisaient face, dépités. Ils sattendaient à ce quelle craque. Quest-ce quelle foutait là ? Elle avait fait les mauvais choix, au mauvais moment. Était tombée sur les mauvaises personnes. Elle avait pris goût à ça. A la drogue, aux vols, à la violence. Elle pensait gérer. Elle était la seule responsable de toute cette merde.

Elle secoua la tête. Rien à dire.

Elle avait seize ans. Il était plus âgé. Depuis des mois, il lui faisait du rentre dedans, sans essayer daller plus loin. Elle se laissa prendre au jeu, flattée quil la remarque. Il n’était pas le prince charmant des contes de fées, il était le loup dans la forêt. Et il lavait choisie pour être sa louve, il lavait tirée de sa vie pourrie et avait fait delle une reine.

Ils étaient quatre, dans la chambre dhôtel. Elle était des leurs. Elle riait à leurs blagues sur les femmes, approuvait leur point de vue sur largent, sur le bien et le mal. La tête lui tournait un peu, elle avait bu, et fumé, comme eux. Il était près delle. Elle pouvait sentir lodeur de sa peau, sa chaleur. Elle se sentait libre, et amoureuse.

Subitement, la chambre se vida, et elle se retrouva seule avec lui. Son cœur battait beaucoup trop fort, résonnait dans ses tympans. Il lembrassa et elle fondit. Très vite, il la déshabilla. Trop vite. Elle ne comprenait pas. Ça allait trop vite, ça n’était pas comme ça que c’était sensé se passer. Où était lamour, où était passée la chaleur ? Il était froid, brutal. De tout son poids, il l’écrasa et entra en elle. La douleur, il allait la tuer, elle devait larrêter. Elle hurla, de toutes ses forces. Les traits du loup durcirent encore. Tais-toi, ils vont tentendre. Elle obéit. Elle lui a obéit. Il était en train de la violer, et elle ne se débattait pas. Elle ne voyait que son visage, fendu dun large sourire. Elle ne sentait que la douleur. Il ny avait plus que la douleur. Elle sabîma dans la douleur et son âme se brisa. Les morceaux de son esprit étaient perdus pour toujours. C’était fini pour elle. Sa vie cessa exactement à ce moment là. Il termina, se retira, se leva, et se dirigea vers le lavabo pour se rincer le sexe. Elle roula sur le côté. Quest-ce qui vient de se passer ?

Il revint, rhabillé, lair agacé : Quest-ce que tu attends ? On bouge ! Le dégoût dans ses yeux, il la haïssait. Elle enfila ses vêtements, comme dans un mauvais rêve, celui où on veut crier et fuir, mais où rien ne se passe. Elle leva les yeux vers lui, une supplique muette peinte sur le visage. Casse-toi, putain ! Elle partit, se cognant contre les murs.

A partir de ce moment, elle erra dans la vie, devenue coquille vide, sans âme. Pas de désir de vengeance, pas envie de pardonner, incapable daimer ou de détester.

Elle avait bu. Elle avait fumé. Elle était entrée dans cette chambre de son plein gré. Elle s’était jetée  dans la gueule du loup, toute seule. C’était de sa faute si elle avait été violée. Elle ne pouvait sen prendre qu’à elle même, et à ses choix. Elle s’était crue invincible, indestructible. Et la vie navait pas aimé ça. Elle avait pris ça comme un défi. Ah bon, tu es invincible ? Indestructible ? Laisse-moi te montrer comme je peux facilement te détruire. Après mon passage, tu supplieras que la mort vienne te prendre. Tu perdras tout espoir. Plus rien, jamais, ne pourra te faire sourire.

Elle nen pouvait plus d’être morte. Elle acheta un flingue. Au bon moment, elle lui tira une balle en plein thorax. Si vous aviez vu sa tête. Il na rien vu venir. Et ses potes, les gros durs, qui attendaient bien sagement derrière la porte, pendant quune gamine se faisait violer. Jamais vu quelquun courir aussi vite. Ils sont allés droit au commissariat, et ils ont tout déballé. La nuit, le viol, tout. Elle jeta larme dans les égouts et rentra chez elle. Une semaine plus tard, elle était convoquée. Dabord, les flics ny avaient pas cru. Ce type avait tellement dennemis. Ils avaient même suspecté les deux lascars, qui faisaient de bien meilleurs suspects que cette petite aux grands yeux cernés.

C’était juste. Une vie pour une vie.  

Et quand le plus gras des deux flics insista : Vous êtes sûre, mademoiselle ? Cet homme na jamais abusé de vous physiquement ?, elle secoua la tête. Non, non, jamais.

© 2014
Créer un site avec WebSelf